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J'ai envie d'écrire

Je prends ma plume sans savoir ce que je vais écrire. Si c'est un poème, une lettre ou une nouvelle. Ces derniers temps l'écriture ne suffit plus pour étancher ma soif. Ma soif d'être pleinement moi-même. Ma soif de dire mon mal. Il pleut dehors. J'ai froid. Je pense à ma relecture de ce chef d'œuvre de Jacques Stephen Alexis. Il y a ma guitare debout dans la pièce, droite comme un guerrier. Pas d'électricité. Putain de pays. J'ai du mal à dormir. Et par moment je pense à toutes les femmes que j'adore. J'ai envie d'écrire pour dire que je ne suis plus moi-même. Pour dire que je ne me possède plus. Mais c'est plus facile de procrastiner.

Même l'heure nationale vient d'être modifiée. Chaque minute est à présent une éternité. 17h et demie et il fait déjà noir. J'ai envie d'écrire. Écrire pour apaiser ma douleur. Écrire pour tenter de faire pousser des fleurs dans les quatre murailles qui me retiennent prisonnier. J'ai les mots dans ma tête comme un bulldozer. Je pense à ma ville. À une Rue qui s'ignore. Je pense à mon prochain livre qui tarde à venir. L'effet que cela va avoir sur mon lectorat. Je pense à Éluard, à Durant, à Philoctète. J'ai un poème dans la tête. Je pense à mon smartphone et les messages non livrés. Je pense à la petite fille qui m'a toisé l'autre jour. Et j'ai envie d'écrire. Écrire pour dire bienvenue à une nouvelle saison. Puisque ma main est un serviteur. La vie est injuste. Je vais mal et je retiens mal mes larmes.

Je suis resté dans la chambre. Le cul cloué sur la chaise. Pas de musique ce soir, me dis-je. À quoi sert de jouer dans sa chambre quand pour passer sa soif, pour se sentir exister il faut jouer devant plusieurs milliers de spectateurs ? C'est l'envie d'écrire qui me prend par la gorge, ce soir. Je pense à mes actes manqués. À mes maladresses d'homme. À une inconnue de jadis. Je me rappelle mon enfance. Et j'ai envie d'écrire. Écrire pour raccourcir la journée. Pour ne pas vivifier le passé. Mais il semblerait que je ne vais rien écrire. La procrastination a eu raison de moi.

Joubert Joseph
Delmas
9 Novembre 2017

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